The Orpheus Chamber Orchestra
- dannyjg6
- il y a 6 jours
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Il y a dans la vie des moments où une idée, longtemps assoupie, demande soudain à se faire entendre. Pendant des années, j’ai rêvé d’enregistrer plusieurs de mes œuvres pour orchestre à cordes. Au départ, j’ai envisagé la voie pragmatique : engager des musiciens de studio quelque part en Europe de l’Est, efficaces et abordables. Mais à mesure que le rêve prenait forme, grandissait aussi la conviction que la musique, comme toute grande entreprise, mérite une communauté qui y croit. Je me suis alors demandé : et si je m’adressais à un orchestre de véritable stature, à un nom capable de porter cette musique au-delà des limites de mon petit monde personnel?
L’obstacle, comme toujours, était le coût. Les rêves se soucient rarement des comptes bancaires, mais les comptes bancaires, eux, savent très bien se rappeler à nous. J’ai hésité – non seulement par souci de prudence financière, mais aussi dans l’espoir que mon épouse continuerait à m’accueillir avec un sourire plutôt qu’avec des sourcils levés. À cette époque, je faisais face à une maladie grave et subissais des traitements qui épuisaient mes forces. Pourtant, quelque part au fond de moi, une voix discrète insistait : la vie est courte. Les occasions ne reviennent pas. Prends le risque. Dis oui. Et je l’ai fait. Avec le recul, je remercie Dieu d’avoir trouvé ce courage.
Je me suis tourné vers Orpheus, l’un des grands orchestres de chambre du monde – un ensemble renommé non seulement pour son excellence, mais aussi pour sa manière unique de travailler, sans chef d’orchestre, chaque musicien assumant la responsabilité de l’ensemble. Dès le début, nos échanges furent chaleureux et professionnels, même s’ils ne furent pas sans difficultés.
Ils ont d’abord demandé à voir les partitions, souhaitant savoir s’il s’agissait d’une musique qu’ils pourraient défendre en toute conscience. J’ai retenu mon souffle; ils ont donné leur accord. Puis un autre point est apparu: Orpheus est un orchestre de chambre doté d’un pupitre de cordes relativement restreint. J’aspirais à un son plus ample, capable de donner à la musique largeur et profondeur. À leur crédit, ils ont accepté d’agrandir l’effectif. Au final, trente-deux musiciens remplissaient la salle – une richesse sonore que j’osais à peine imaginer.
La question la plus délicate concernait mon cher ami et partenaire musical, Israel Edelson. Étant trop malade pour voyager, sa présence était indispensable. Mais Orpheus, fièrement sans chef, se montrait compréhensiblement réticent à l’idée d’introduire un chef d’orchestre – même un chef promettant de ne pas diriger. Je leur ai assuré qu’Israel est aussi humble que talentueux, aussi collaboratif que doué. Ils ont néanmoins proposé un compromis prudent : il ne pourrait pas s’asseoir parmi eux dans la salle, mais pourrait conseiller depuis la régie, à l’étage.
Finalement, la Providence sait attendrir les cœurs. Entre les prises, les musiciens montaient les escaliers jusqu’à la régie, écoutaient ensemble, échangeaient leurs impressions, et découvraient que les remarques d’Israel n’étaient pas des directives, mais des invitations. Il était émouvant de voir combien le respect mutuel s’est installé naturellement. Pour nous deux, cet enregistrement avec Orpheus est devenu l’un des grands privilèges de notre vie musicale. Les musiciens étaient d’un professionnalisme accompli. Ils ont joué avec beauté, discipline et une rapidité étonnante, achevant tout dans le temps imparti. Et les entendre répondre à notre musique – avec sérieux, avec enthousiasme, avec des paroles sincères d’appréciation – fut profondément réconfortant.
Nous sommes repartis emplis d’une gratitude indicible. La musique, à son plus haut niveau, est une conversation d’âmes, et durant ces brèves heures, les nôtres se sont jointes aux leurs. Quant à l’enregistrement lui-même – je crois qu’il témoigne de ce qui peut advenir lorsque le talent rencontre le dévouement, et lorsqu’un rêve longtemps différé reçoit enfin la permission de chanter.



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